Le groupe local de La France insoumise du Creusot prend acte de la déclaration de candidature
du maire sortant (Parti Socialiste) aux élections municipales de 2026.
S’il demeure à ce jour le seul candidat semblant se réclamer de la gauche, nous estimons nécessaire d’exprimer nos profondes réserves quant à son bilan politique, éthique et moral.
Une ligne politique en soutien au pouvoir illégitime du président Macron
Alors que le pays traverse une crise démocratique et sociale majeure, le maire sortant n’aura cessé de multiplier les appels à la « institutionnelle » et ainsi affirmer son souhait d’éviter les censures pour les gouvernements macronistes successifs.

Cela revient de fait à conforter le pouvoir actuel, pourtant réel vecteur d’instabilité pour le pays, et avec lui son lot d’alliances ou de complaisances avec la droite réactionnaire et l’extrême-droite. Même aux pires moments, avec un ministre de l’Intérieur raciste qui dissolvait une organisation fasciste, ou lorsqu’un Premier ministre éphémère parlait de « submersion migratoire », notre maire est resté sur la même ligne. Pour notre part, nous refusons cette attitude qui banalise les idées racistes et xénophobes, et qui s’éloigne de la gauche de rupture et d’émancipation que nous défendons.
Non ce n’est pas être « responsable » que de cautionner les coups de force antidémocratiques et répétés d’Emmanuel Macron, refusant de respecter le résultat des urnes en laissant gouverner le Nouveau Front Populaire (NFP) arrivé en tête aux dernières législatives.
Avec une côte de popularité historiquement basse pour E. Macron (77% d’opinions défavorables selon le dernier baromètre Ipsos), il aurait été respectueux pour les citoyens que D. Marti , par ailleurs soutien de la dernière heure du NFP, manifeste publiquement son attachement à la démocratie.
Il aurait ainsi été appréciable de cesser de continuer à recevoir en grandes pompes dans notre commune les ministres saisonniers macronistes, comme si de rien n’était. Tout comme d’accourir, comme J. Durain – premier soutien de D. Marti -, au premier déplacement officiel de S. Lecornu à Macon, où ce dernier aura même osé dire qu’on « dépense trop dans l’hôpital public » sans provoquer la moindre réaction des édiles socialistes en présence…
Enfin, il faut relever la contradiction de déplorer constamment la baisse des dotations de l’État pour les « territoires » mais de non moins rejeter tout appel à la rupture avec ces politiques austéritaires, voire pire, d’appeler à maintenir à tout prix la « stabilité » et toutes les coupes budgétaires actuelles qui vont avec. On pense alors à Bossuet et son « Dieu se rit des hommes
qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».
Ce gouvernement illégitime nous fait honte mais en définitive il aura été soutenu jusqu’au bout par le Parti socialiste, pourtant partie prenante de l’accord NFP qui l’engageait à s’opposer à Macron et sa politique.
Le problème du cap pas clair : Le PS, « opposant » et dernière béquille officielle du macronisme
En refusant de censurer le gouvernement Lecornu 2 (et plusieurs fois Bayrou auparavant), le Parti socialiste avait déjà permis la survie du macronisme, dont la politique est majoritairement honnie par le peuple français.
Désormais, avec le récent vote pour le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) avec le camp au pouvoir, il cesse officiellement d’être un parti d’opposition et en rupture avec les orientations antisociales du gouvernement.
Par cette manœuvre désastreuse, fracturant de fait l’union des gauches qui avait été victorieuse aux législatives, le peuple français se voit contraint de subir une nouvelle curée austéritaire :
- limitation des arrêts maladie,
- part plus importante des soins à régler pour les malades du cancer,
- baisse des allocations familiales,
- 4 milliards d’euros en moins pour la Santé,
- augmentation des mutuelles,
- 1,5 million de patients diabétiques exclus de l’ALD…
- …
Une opposition ferme et déterminée aurait cependant permis d’éviter ce spectacle navrant d’une gauche avide de compromis, et n’obtenant au final que des compromissions, en dépit surtout du programme sur lequel elle a été élue.
Tout cela au travers de négociations plus ou moins secrètes entre le PS et S. Lecornu, bref dans un décor typique des pires combines politiciennes qui pousse les gens à être dégoûtés de la politique et à s’en détourner.
Le propre contre-budget présenté par le Parti socialiste indiquait une vingtaine de milliards d’euros de coupes budgétaires. C’est certes moins que les 44 milliards voulus par le gouvernement ou les 100 milliards du RN, il n’empêche que cela rompt littéralement avec le programme du NFP qui prévoyait d’augmenter les recettes et non de poursuivre cette course à l’abîme qu’est la politique de l’offre.
C’est tout cet héritage de renoncement, sous couvert de mots creux (« stabilité », « responsabilité », « compromis », etc.), que porte le maire sortant.
Une solidarité à géométrie variable
Nous avons salué l’adoption par le conseil municipal d’un texte condamnant le génocide à Gaza. Cependant, le refus du maire d’afficher le drapeau palestinien sur le fronton de la mairie ne serait-ce qu’une journée pour la reconnaissance officielle par la France de l’État palestinien à l’ONU, et malgré l’appel de son propre parti à le faire, constitue à nos yeux un manque de courage politique et une offense à la solidarité internationale.
Pire, D. Marti s’était dit davantage favorable à l’idée d’arborer les drapeaux palestinien et israélien côte à côte ce même jour ! Sur le même plan, le colon et le colonisé, la victime et son bourreau… Imagine-t-on le drapeau russe flotter aux côtés du drapeau ukrainien, fermement accroché au fronton de notre mairie depuis des années ? Tout partisan de la paix se doit de fustiger un tel deux poids deux mesures.


La proximité et le soutien affichés à R. Glucksmann n’est pas pour nous rassurer sur ce sujet.Ce dernier niant l’existence même du génocide, pourtant largement accrédité par l’ONU, ou des associations comme Human Rights Watch, Amnesty International, Médecins Sans Frontières…
Une ligne politique sectaire et en décalage avec les valeurs de la gauche
Rappelons d’abord l’hostilité inouïe de D. Marti contre l’accord NUPES suite aux dernières présidentielles et ce, malgré le score famélique de son parti – 1,7 % –. Concernant l’accord NFP, la tendance sera la même en souhaitant le saborder à la première
occasion.
Cette incapacité déconcertante et arrogante à la moindre remise en question, ou au simple respect d’accords nationaux, se couple avec un autre facteur essentiel qui justifie une défiance légitime envers D. Marti : la calomnie systématique, injuste et injustifiée de notre mouvement.
À l’unisson des fausses accusations permanentes à l’égard de la France insoumise, D. Marti s’est néanmoins distingué par une accusation infamante supplémentaire : « l’extrême populisme ». N’en déplaise aux sociaux-libéraux, oui la France insoumise se bat pour les intérêts du peuple. Et bien loin des caricatures, chaque campagne du mouvement aura montré que nous avons un programme, un chiffrage précis des mesures, et des personnes de valeur et de conviction qui travaillent d’arrache-pied pour le porter. C’est d’ailleurs notre dernier programme qui a reçu près de 8 millions de suffrages à la dernière présidentielle.
En clair, notre projet : rendre le pays à ceux qui le font vivre. Et, c’est l’orientation stratégique de notre mouvement depuis 10 ans.
Que D. Marti appelle ça de l’extrême populisme en dit long sur sa vision sociale. C’est d’ailleurs cette même personne qui jugeait négativement la perspective d’une 6ᵉ République en la qualifiant d’« absurdité ». La monarchie présidentielle et tous ses excès autoritaires auront beau être rejetés par l’ensemble du pays, il restera toujours le maire sortant du Creusot pour applaudir ce système.
N’en déplaise à certains, le Conseil d’État a justement tranché cette question des « extrêmes » en nous désignant simplement comme « de gauche » (pendant que le RN, lui, fut bien désigné
comme « d’extrême-droite », pour ceux qui font encore semblant d’avoir des doutes à ce sujet…).
Cette stratégie fainéante de faussement nous qualifier « d’extrême » pour faire peur et ne surtout pas avoir à débattre de nos propositions est risible. Ce qui l’est moins, c’est le renforcement induit de l’inculture politique dans le pays, la perte de repères démocratiques et au final, le désintérêt voire le dégoût des gens pour la chose publique (en bref, l’alimentation du « tous-pourris »). Tout à l’inverse de notre volonté de donner au peuple la compréhension, l’envie, et les moyens concrets pour agir sur son quotidien.
Peu importe les milliers de faillites d’entreprise, une explosion de la pauvreté dans le pays (10 millions de pauvres) et des inégalités inédites sous les mandats Macron (avec 1200 milliards d’euros, les 500 familles les plus riches ont doublé leur fortune depuis 2017)… s’il y a bien un extrême qui ne dérange pas notre maire « responsable » c’est cet extrême-centre libéral et antisocial, contre lequel il n’aura eu aucun mot, aucune colère.
Symbole d’une gauche qui a échoué : la social-démocratie
À l’heure où B. Caseneuve et R. Glucksmann (qui bénéficient tous deux du soutien revendiqué de D. Marti) s’affichent dans des meetings communs, nous sommes particulièrement soucieux de ne pas nous associer à un projet politique qui a déjà échoué à améliorer la vie des Français.
Pour preuve, le sinistre bilan du mandat Hollande et ce malgré, chose rare par les temps qui courent, une majorité absolue à l’Assemblée et au Sénat ! Et qui produira les horreurs que l’on connaît : loi Macron, loi Travail, CICE, proposition de déchéance de nationalité, loi « permis de tuer pour les refus d’obtempérer », État d’urgence prolongé et sécuritaire…
À l’heure des menaces sur notre souveraineté européenne, les sociaux-démocrates au Parlement Européen comme R. Glucksmann (ou Murielle Laurent – députée venue au Creusot soutenir D. Marti) votent contre la motion de censure de gauche vis-à-vis d’Ursula von der Leyen, avalisant de fait tous les reculs liés à sa gouvernance et sa soumission ouverte et assumée aux diktats états-uniens (5% du PIB dans l’achat d’armement US, promesse de milliards d’investissement européens aux USA, acceptation de l’explosion des droits de douanes sur nos productions, absence de rétorsion contre le gouvernement israélien, imposition au forceps de l’accord MERCOSUR, etc.)

Le propre projet de R. Glucksmann – par ailleurs contre la nationalisation d’ArcelorMittal et pour l’économie de guerre – est en rupture totale avec le programme du Nouveau Front populaire, qu’il avait pourtant signé lui-même il y a un an. Ainsi, sur les 30 mesures d’urgence prévues
par le NFP, 21 sont absentes de son projet.
Nous n’avons aucune confiance dans les personnes qui renient aussi facilement leurs engagements pris devant les électeurs, ni en ceux qui les soutiennent.
Quelle alternative pour Le Creusot ?
Bien que nous accueillions favorablement ses propositions faites en termes d’accès à la Santé, nous ne pouvons occulter l’appartenance politique de C. Landre à un parti-on-ne-peut-plus responsable de la casse de l’hôpital public en France (notamment avec les politiques initiées depuis Sarkozy : gestion managériale, fermetures de lits, restrictions budgétaires…).
Aussi, l’absence notable dans son programme du moindre mot relatif à l’écologie, à l’agriculture biologique ou la transition énergétique, à l’heure où le changement climatique et ses conséquences dramatiques apparaissent désormais clairement aux yeux de tous, nous paraît d’une grande légèreté voire d’une vraie déconnexion avec le réel. Les enjeux de cette question sont pourtant cruciaux pour notre environnement, mais aussi pour nos industries, nos emplois et notre santé publique justement.
Du reste, entre une liste menée par un fervent soutien de la macronie ou celle aspirant à faire progresser localement les obsessions racistes et xénophobes du RN (voir exemple ci-dessous), pour mieux masquer leur soutien aux milliardaires et aux grandes entreprises, comme le démontrent leurs votes à l’Assemblée nationale… y a-t-il vraiment besoin d’y apporter le moindre crédit ?

Les Insoumis auraient pour leur part beaucoup à proposer aux Creusotines et aux Creusotins pour que la vie change à l’échelon local, avec pour ligne directrice : revivifier la démocratie locale.
RIC municipal, révocation possible des élus, cantine gratuite, accessibilité des transports en commun, régie publique de l’eau pour faire baisser les factures… nos propositions sont nombreuses et ne demandent qu’à être partagées avec les citoyens soucieux de l’intérêt général.
Notre position sur l’élection municipale au Creusot
Pour toutes les raisons citées plus haut, le groupe local de La France insoumise du Creusot ne soutiendra pas la candidature du maire sortant (ni les autres listes déclarées pour l’heure).
Fidèle serviteur d’un parti revendiquant de ne pas faire de liste commune « ni au premier, ni au deuxième tour » avec la France insoumise, premier mouvement de gauche du pays, ce sectarisme n’est pas à la hauteur du moment politique que nous traversons. Et toutes celles et ceux qui aspirent à une unité de la gauche face à la droite et l’extrême-droite conviendront que cette approche est la plus contre-productive qu’il soit.
L’offre électorale actuelle pour les municipales n’étant pas satisfaisante, nous invitons toutes celles et tous ceux qui ont appelé ou directement participé à la victoire du NFP aux précédentes législatives à rester fidèles à la rupture incarnée par son programme, et à travailler ensemble à l’émergence d’une alternative progressiste et cohérente pour notre territoire et ses habitants.
Même si une corrélation entre les municipales et la situation nationale est avancée par d’aucuns, il ne peut malheureusement en être question, et pour une raison simple : les coupes budgétaires votées à l’Assemblée nationale ont des répercussions sur les politiques qu’on peut mener à l’échelle locale. La preuve avec le récent budget voté au Conseil régional, « forcément impacté » par ce qui se décide au national, et lors duquel on avouera bien chercher des économies « un peu partout ».
L’équation à résoudre est donc simple : soit on combat l’austérité, soit on la soutient. Le « en même temps » macrono-martiste ne peut pas tenir ici.
Nous appelons donc à la construction collective d’un projet municipal réellement ancré à gauche, fidèle aux principes d’éthique et de transparence en politique, de justice sociale, d’écologie, de démocratie participative et de solidarité internationale sans double discours.
Nous tendons la main à toutes celles et ceux – citoyennes et citoyens, syndicats, associations, autres forces politiques de gauche – qui partagent cette exigence d’un renouveau politique local. Ensemble, nous ferons mieux pour Le Creusot.